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Les derniers articles publiés dans la catégorie "INTERVIEWS" du blog "Librairie Soleil Vert : Science-fiction, fantasy, fantastique, polar - Neufs et occasions"

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  • 11/29/08--03:33: INTERVIEW : MAURICE GOUIRAN (chan 1317220)
  • INTERVIEW : MAURICE GOUIRANMaurice Gouiran s'est mis assez tard à l'écriture. Mais on peut dire qu'il a rattrapé le temps perdu ! En effet, c'est un auteur très prolifique. Octobre a vu la sortie officielle de son quatorzième roman, en ... huit ans !
    Fidèle à son éditeur marseillais, Jigal, il inscrit son œuvre bien au delà du polar marseillais. La portée des histoires qu'il concocte dépasse même le cadre des frontières du pays, car il ancre ses intrigues dans l'histoire mondiale du 20è siècle.

    On apprend beaucoup en lisant ses livres, mais aussi dans cet interview. Merci Maurice !

    Dominique : Maurice pour ceux qui vous connaîtraient mal, pouvez vous nous parler de votre parcours ?
    Maurice Gouiran : En vrac... j'ai gardé les chèvres jusqu'à l'âge de 11 ans, j'ai un doctorat de mathématiques, je dirige une équipe d'une trentaine d'informaticiens (ce qui me permet de gagner ma vie), j'ai publié mon premier polar en septembre 2000, mon quatorzième est sorti en octobre 2008. En dehors des aspects professionnels un peu froids, je me suis laissé aller à la peinture, au dessin, à la rédaction d'articles de journaux, à la direction d'équipes de foot amateur et, plus récemment, à l'écriture. Faut bien décompresser, non ?

    Dominique : Dans votre parcours, il y a bien sûr l'écriture, et c'est pour cela que nous sommes avec vous. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené à l'écriture ?
    Maurice Gouiran : Le goût de raconter et d'inventer des histoires. Au début, ce n'était qu'un jeu et mon objectif n'était certes pas d'être édité. Mon arrivée tardive dans ce monde dit littéraire s'explique par ma formation scientifique qui, a priori, ne me prédisposait pas à l'écriture, mais qui s'avère en fin de compte être un excellent atout pour le polar.

    Dominique : ... et au choix du polar ? Je m'explique. Certains auteurs ont commencé à écrire de la littérature dite "blanche", n'ont pas été édités et se sont lancés dans le polar, et c'est là qu'ils ont convaincu les éditeurs. Comment cela s'est-il passé dans votre cas ?
    Maurice Gouiran : J'ai publié en septembre 2000 deux bouquins, un polar, La nuit des bras cassés, et un roman, L'or des collines. J'ai préféré le polar, parce que c'est un genre qui offre à l'auteur une très grande liberté. Il est amusant pour l'écrivain, ce qui lui évite de tomber dans le nombrilisme et qui lui permet d'aborder des sujets sérieux sur un ton jubilatoire. C'est cette distorsion entre le fond (le drame ou le sujet grave) et la forme (l'humour caustique) qui permet à l'auteur de donner une puissance et de la percussion à son récit.

    Dominique : Vos livres sont systématiquement teintés d'Histoire, en plus de l'histoire (je reprends cette expression de votre éditeur, et je la trouve très juste). Ils ont indéniablement une valeur éducative... je pense aux rafles de Marseille, au génocide arménien, le coup d'état militaire en Grèce, etc.). Est-ce aussi votre objectif ? D'éduquer à travers vos textes ?
    Maurice Gouiran : Mon objectif n'est pas d'éduquer, je laisse ça à ceux qui en ont la passion et la légitimité. Mon objectif est avant tout, je vous l'ai dit, de raconter une histoire, mais je veux doubler cette histoire par un coup de projecteur sur des évènements tabous, effacés ou déformés, afin d'apporter un plus au lecteur. C'est, en quelque sorte, mon respect du lectorat (que j'estime intelligent) qui me conduit à approfondir. En fait, c'est uniquement l'Histoire récente, celle du XXème siècle, qui m'intéresse et me passionne pour trois raisons : elle est très souvent supportée par une documentation sans faille, elle me permet de croiser des témoins (qui vont donner de la chair au récit), elle explique un certain nombre de dérives actuelles. J'aurais voulu écrire de savants bouquins historiques, mais je trouve que le polar apporte un éclairage novateur et ouvre les portes de l'Histoire d'hier à un autre lectorat.

    Dominique : D'ailleurs, on pourrait fort bien étudier certains de vos livres dans les écoles. Vous y avez pensé ?
    Maurice Gouiran : On étudie effectivement un certain nombre de mes livres dans les écoles depuis qu'ils sont édités en format de poche. J'ai eu la chance d'avoir un livre primé : La nuit des bras cassés a reçu le Prix Sang d'Encre des Lycéens en 2003 ; la lauréate 2004 n'était autre que Fred Vargas ! Depuis, un certain nombre de mes romans sont rentrés dans les lycées et les collèges. C'est un véritable plaisir de rencontrer des élèves toujours surpris par la forme et la dimension du polar. NB. Train bleu, train noir est actuellement nominé dans un Prix des Lycées Professionnels, et il est porté dans ce contexte à la fois par les profs de Français et ceux d'Histoire.

    Dominique : Quand on regarde votre biblio, on est frappé par votre productivité. Qu'est-ce qui vous inspire ? Vous donne cette envie d'écrire ?
    Maurice Gouiran : D'abord les sujets qui ne manquent pas. Et avec la tournure que prend notre monde, ce n'est pas prêt de s'arrêter ! Ensuite, le plaisir d'écrire et la grande perméabilité de l'écrivain qui happe tout ce qui se passe autour de lui. Ceci dit, je n'ai par ailleurs aucune contrainte de productivité dans le contrat qui me lie avec mon éditeur. Je lui donne simplement le manuscrit lorsque je trouve que mon histoire est terminée. Il se trouve ensuite un double miracle : d'abord, il le publie, ensuite, j'ai d'autres idées !

    Dominique : Vous engagez-vous aussi politiquement au quotidien ?
    Maurice Gouiran : Notre mode de vie actuelle, basé sur la consommation et le profit, implique un engagement quotidien. En ce qui me concerne, cet engagement ne passe pas par une quelconque obéissance à un parti ou à une organisation. Je reste donc un écrivain libre, peut-être un peu libertaire, mais sans drapeau (Léo Ferré disait que même le drapeau noir, c'est déjà un drapeau !)

    Dominique : On vous sent parfois en colère dans vos livres contre certains effets pervers de la société. Quel est votre regard sur le monde moderne? Le CAC 40, le pouvoir d'achat en baisse ? Les inégalités ? Le pouvoir de l'argent en général ?
    Maurice Gouiran : Le monde moderne dispose des plus belles et des plus efficaces technologies qui, paradoxalement, ne peuvent apporter le bonheur à l'homme, sans doute parce qu'on a remplacé l'idéal de liberté (qui agitait les soixante-huitards par exemple) par un idéal de consommation. Nous sommes donc embrigadés dans un système dément de mondialisation du profit qui fait fermer des usines qui réalisent des bénéfices, qui implique des surproductions et des carences, qui brade les richesses naturelles au nom de la rentabilité, qui creuse l'écart entre des pauvres et des riches (qui n'ont plus peur de montrer leur fric et leur pouvoir avec une obscénité qui n'était pas de mise il y a quelques années). Cet aspect se double par un individualisme forcené boosté par certains politiques qui nous répètent à longueur de journée que tous nos malheurs sont de la faute des autres, ce qui développe la xénophobie, le racisme et le communautarisme. Cet individualisme est renforcé également par notre environnement numérique et les espaces virtuels qu'ouvre l'internet. Le mail remplace les discussions, le chat remplace les rencontres. Enfin, ce monde de haute technologie où le marché sait créer nos besoins s'avère paradoxalement particulièrement fragile. Regardez les faillites des banques américaines, regardez la balkanisation galopante propice aux conflits et aux guerres civiles, regardez le pourcentage d'états soumis à des régimes totalitaires.

    Dominique : Quand vous n'écrivez pas, qu'aimez-vous faire ?
    Maurice Gouiran : Entre mon job, l'écriture et les rencontres avec les lecteurs (dans les salons, les conférences, les interviewes, les présentations), il ne me reste plus beaucoup de temps pour faire autre chose. J'aime bien courir dans la nature, ça me remet les idées en place. J'adore aussi peindre, mais la peinture est plus difficile à caser dans un emploi du temps...

    Dominique : Je viens de découvrir vos très beaux tableaux sur votre page Facebook ! Pouvez-vous nous parler aussi de cette activité ?
    Maurice Gouiran : Je ne peins pratiquement plus depuis la parution de mon premier bouquin, pour cause d'emploi du temps, mais c'est quelque chose qui me manque. J'aime la couleur, la texture et l'odeur de la peinture. Je vous renvoie au Théorème de l'engambi où mon héros est un peintre. En fait, la peinture et l'esthétique possèdent une forte incidence sur ma façon d'écrire. Je peins les lieux où se déroule l'action de mes romans. Comme en littérature, ce sont les paysages et les gens de la méditerranée qui m'inspirent.

    Dominique : Souvent, les auteurs lisent... c'est votre cas ? Quels sont les auteurs que vous appréciez ?
    Maurice Gouiran : Je n'ai pas beaucoup le temps de lire les auteurs car je dois lire beaucoup de documentation pour mes romans. Sinon, mes auteurs préférés sont Boris Vian, Marcel Aymé, Norman Mailer, et les auteurs noirs américains.

    Dominique : Quels sont vos projets actuels ? Les sujets que vous avez désormais envie d'aborder dans vos prochains livres ?
    Maurice Gouiran : Mon projet à court terme est un quatorzième polar... Je travaille actuellement sur un quinzième roman qui se passera en Sicile et portera des parfums de miracles religieux et de mafia. Rendez-vous à Palerme l'an prochain.

    Dominique : Et votre actualité immédiate ? Des livres en cours de parution ?
    Maurice Gouiran : Je viens de publier Les vrais durs meurent aussi. Les vrais durs sont ces soldats perdus, ces mercenaires qui ont erré de guerre en guerre à partir de 1945. Légionnaires en Indochine et en Algérie, ils dissimulaient souvent un passé lourd dans la Wehrmacht ou la SS. De défaite en défaite, leur chemin fut jalonné de combats, d'amitiés et de trahisons. Le thème du bouquin : au cœur de l'été, quatre de ces vrais durs sont retrouvés assassinés à Marseille et à Puyloubier, victimes du sinistre sourire kabyle. Clovis Narigou sera une fois encore au cœur d'une embrouille pour avoir voulu rendre service à son vieil ami Biscottin, curieusement menacé à la suite de la disparition d'un de ses voisins, le Polack, un ancien de la Légion qui vit à l'Estaque. L'enquête, en compagnie de la blonde Alexandra, le conduira au cœur d'un mois d'août caniculaire jusqu'à Sainte Livrade, dans le Lot-et-Garonne, où perdure encore aujourd'hui le camp des oubliés, un camp de concentration made in France ignoré de tous, un camp où végètent depuis 1956 et jusqu'à leur mort quelques indochinois rapatriés de Saigon après Diên Biên Phu. Quant au dénouement et au motif de cette engatse, je n'en dirai rien !

    Interview réalisée en septembre 2008 par Dominique


    Bibliographie
    2000 - La nuit des bras cassés (Prix Sang d'Encre des Lycéens 2003)
    2001 - Le théorème de l'engambi
    2002 - Le dernier des chapacans
    2002 - L'arménienne aux yeux d'or
    2003 - Les martiens de Marseille
    2004 - La porte des Orients perdus
    2004 - Les damnés du Vieux-Port
    2005 - Marseille, la ville où est mort Kennedy (lauréat été 2005 du Prix du polar SNCF)
    2005 - Sous les pavés, la rage (Prix virtuel du polar - Prix Rompol - 2006)
    2006 - Terminus Ararat
    2007 - Train bleu, train noir
    2007 - Putains de pauvres !
    2008 - Les chèvres bleues d'Arcadie
    2008 - Les vrais durs meurent aussi


  • 12/12/08--15:00: INTERVIEW : JEAN D'AILLON (chan 1317220)
  • Jean d'AillonLes rapines du duc de Guise, le nouveau roman historique d'aventures de Jean d'Aillon qui annonce la saga La guerre des trois Henri vient de sortir. L'écrivain d'Aix-en-Provence, déjà créateur des personnages de Louis Fronsac, du brigand Trois-Sueurs et de Lucius Gallus, nous entraîne au côté d'Olivier Hauteville, simple clerc, dans une enquête qui jongle avec les codes du roman de cape et d'épées et du romanesque. Jean d'Aillon a gentiment accepté de nous en dire plus.

    Dominique : Pouvez-vous nous parler des Rapines du Duc de Guise ?
    Jean d'Aillon : J'avais depuis longtemps envie de traiter des guerres de religion (bien que j'aie déjà écrit Nostradamus et le dragon de Raphaël, qui se situe au début de ces guerres.) Il restait à choisir la période : avant la Saint-Barthélemy, ou après ?
    Finalement, j'ai retenu le début de la création de la Ligue (1576), une période intéressante, car on assiste à une révolution populaire où la bourgeoisie prend le pouvoir et chasse le roi. Mais, comme pour la Fronde, soixante et dix ans plus tard, cette révolution échouera. Dans la première histoire de cette série, j'ai choisi comme intrigue une fraude sur les impôts, ou plus exactement un « détournement d'impôt », un genre de « délit » peu courant dans les romans policiers, mais extrêmement fréquent dans la réalité ! Je rassure le lecteur : il y aura quand même quelques assassinats !
    Il s'agit du premier roman d'une série de trois, série qui connaîtra sans doute d'autres volumes (mais pour l'instant je n'en ai écrit que trois !), chaque roman pouvant être lu séparément. La série (on dit : saga !) raconte à la fois l'arrivée au pouvoir de Henri de Navarre (Henri IV) - c'est La guerre des trois Henri, les deux autres Henri étant le Duc de Guise et Henri III) - et l'histoire d'un jeune homme, Olivier, simple clerc qui devient chevalier et proche des Bourbon.

    Dominique
    : Monsieur d'Aillon, pour les (rares) lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore, pouvez-vous nous dire qui vous êtes ?
    Jean d'Aillon : Ce n'est pas très intéressant ! Une formation universitaire, deux thèses d'Etat, une carrière dans l'administration des Finances où je me suis occupé de statistique, de macro-économie puis d'informatique et d'intelligence artificielle ; des détachements à l'université et un travail pour la Commission européenne dans le cadre de programmes de recherche ; puis une démission à la fois pour des raisons de désaccord avec le fonctionnement de mon administration, et ensuite pour pouvoir me consacrer à l'écriture à temps complet.

    Dominique
    : Quand on lit des extraits de votre biographie, on constate que vous êtes un scientifique, un économiste, que vous avez été prof et que vous avez travaillé pour l'administration des finances, ... Donc, pour la crise, vous saviez avant ?
    Jean d'Aillon : Oui, mais je l'ai gardé pour moi, car on ne m'aurait pas cru. Ceci étant, cette crise n'est ni la première ni la dernière, et dans l'histoire, on a connu pire, bien pire !

    Dominique
    : Revenons à la littérature ... le fait que vous soyez un scientifique oriente-t-il votre façon de travailler ?
    Jean d'Aillon : Certainement. Principalement sur la recherche de la documentation, sur la façon de la trier et de la conserver. Probablement sans doute aussi sur le découpage de l'histoire et sur la construction de l'énigme.

    Dominique
    : Ou, plus précisément, pouvez-vous nous décrire comment vous organisez votre travail d'écrivain ?
    Jean d'Aillon : Je commence toujours de la même façon, j'ai une idée d'intrigue - souvent à partir d'un fait réel ou d'une situation politique ou économique - pour laquelle je prépare une liste de personnages avec toutes leurs caractéristiques (physiques et morales). Pour les personnages historiques secondaires, cela peut demander une recherche assez longue. Par exemple, je cherche à trouver leur portrait et où ils habitaient. Pour les personnages « inventés », j'imagine leur vie avant l'histoire que je vais raconter, quels étaient leurs goûts, leurs mœurs, leur comportement. Durant cette étape j'utilise des dictionnaires biographiques (biographies universelles...) et des dictionnaires spécialisés (dictionnaires des offices, des parlementaires, des charges, de la noblesse...)
    Evidemment, pour les personnages rémanents d'un roman à un autre, je tiens à jour le déroulement de leur vie, leurs goûts, leur façon de vivre, leurs habitudes. Ensuite j'étudie les lieux où se passera le roman et pour lesquels je rassemble aussi le maximum d'information, y compris en allant sur place. Enfin, je fais un découpage assez détaillé de l'histoire, en préparant quelques intrigues secondaires. Quand ce travail est terminé, l'écriture peut commencer et est assez facile.

    Dominique
    : Comment est né votre succès ? Avez-vous envoyé plein de manuscrits ? Reçu des réponses négatives ? Cela a-t-il été long ?
    Jean d'Aillon : Je pourrais faire un livre avec les réponses négatives ! Lorsque j'ai présenté Le mystère de la chambre bleue, tous les éditeurs l'ont refusé ! Pourtant quinze ans plus tard, le livre a atteint un tirage de trente à quarante mille exemplaires, avec une traduction en espagnol ! Conclusion : oui c'est assez long de se faire connaître, mais il faut être opiniâtre pour devenir écrivain !

    Dominique
    : D'où vous vient cette passion pour l'histoire ? Et celle de mélanger l'histoire à l'Histoire ?
    Jean d'Aillon : Il y a eu l'influence de lectures de jeunesse ; je pense aux romans historiques de Conan Doyle (La compagnie blanche, par exemple, ou Les réfugiés). Il y a eu Dumas, bien sûr, mais aussi Zevaco, la baronne Orczy avec Le mouron rouge (que j'ai repris dans Le duc d'Otrante et les compagnons du soleil !) ou encore Amédée Achard (Belle Rose et Les chevauchées de M. de la Guerche). Walter Scott, Rafaël Sabatini, du côté des anglais, qui, entre parenthèse, sont encore les meilleurs dans le genre (voir les titres dans Grands détectives-10/18) ou Alexander Kent chez Phébus !

    Dominique
    : C'est l'histoire ancienne qui vous passionne le plus, on dirait ?
    Jean d'Aillon : L'histoire a de nombreux avantages. En premier lieu, elle est très invraisemblable et il n'est pas nécessaire de faire de grands efforts d'imagination ! Je découvre chaque jour des anecdotes, des évènements, ou des personnages qu'aucun romancier n'aurait osé inventer ! Par exemple, pour en revenir à la Guerre des trois Henry, les assassinats du Duc de Guise et d'Henri III sont des évènements invraisemblables, et qui pourtant ont eu lieu !
    Ensuite, l'histoire permet de comprendre le présent. On sait que toute la prévision économique, financière, ou même météorologique, est basée sur l'observation du passé et il est intéressant de montrer, dans un roman, des parallèles avec notre situation actuelle. En ce sens, les lecteurs de romans historiques sont certainement ceux qui s'intéressent le plus à la compréhension du monde présent.

    Dominique
    : Comment voudriez-vous être perçu en tant qu'écrivain ?
    Jean d'Aillon : Je n'ai pas d'ambition, mais si dans dix, vingt ou cinquante ans on lisait encore mes livres, je serais fier (mort, mais fier !). Ceci étant, je n'y crois pas, les genres évoluent vite en littérature.

    Dominique
    : Les écrivains sont souvent également des lecteurs ? Qu'aimez-vous lire quand (si) vous avez le temps ?
    Jean d'Aillon : J'ai terminé le Ken Follet (Un monde sans fin), les Millenium de Stieg Larsson, je lis aussi beaucoup d'auteurs américains : Preston & Child, Lee Child, David Baldacci, David Morrell, Nelson DeMille, Dan Brown, et bien sûr des biographies ; les dernières : Simone Bertière (Mazarin) et J.C Petitfils (Louis XIII).

    Dominique
    : Et à part l'écriture, la lecture ? D'autres loisirs ?
    Jean d'Aillon : J'entretiens ma maison et je voyage !

    Dominique
    : J'ai lu que vous aviez démissionné de votre poste. Vous consacrez-vous donc 100% à votre métier d'écriture désormais ?
    Jean d'Aillon : En effet. Je travaille au moins huit heures par jour. J'ai souvent deux livres, (ou plus !) en parallèle. Plusieurs pour lesquels je me documente, un que j'écris, et parfois un que je relis ou que je corrige. La partie de relecture et de correction, y compris des épreuves imprimeur, prend un temps considérable. Je dispose d'une importante documentation, c'est-à-dire de plusieurs centaines de livres ou de dossiers, ce qui me permet d'avancer assez vite. Je peux ainsi écrire deux livres par an, soit un millier de pages.

    Dominique
    : Quels sont, d'après vous, les ingrédients d'un roman policier ? Et d'ailleurs, qualifiez-vous vos romans de « policiers » ?
    Jean d'Aillon : Le roman policier n'est qu'un sous-genre du roman d'aventure. C'est la structure narrative qui modifie le « classement » d'un roman. Prenez Le Comte de Monte-Cristo : en modifiant le déroulement du récit, c'est-à-dire en le commençant après l'évasion de Dantès et en « expliquant » l'énigme à la fin du récit, il est possible d'en faire un roman policier historique ! Ceci étant, je préfère qu'on qualifie mes livres de romans historiques à énigme !

    Dominique
    : Que conseilleriez-vous à quelqu'un qui souhaiterait se consacrer à l'écriture ?
    Jean d'Aillon : Il y a deux facettes dans ce métier. Etre capable d'imaginer une histoire qui intéressera des lecteurs, et être capable de la raconter, c'est-à-dire de l'écrire. A mes yeux, l'histoire est primordiale. Donc, si on n'a pas d'histoire (passionnante) à raconter, il est inutile de songer à écrire pour les autres (sauf peut-être pour sa famille !). Ensuite, il faut être capable d'écrire l'histoire, ce qui implique de connaître un minimum sur les techniques narratives, la grammaire et l'orthographe.
    Bien souvent ceux qui veulent se consacrer à l'écriture ne savent faire ni l'un ni l'autre. C'est un double handicap. Ceci étant, si on est incapable d'imaginer une histoire, on ne sera jamais romancier, en revanche, les techniques d'écriture s'apprennent.

    Dominique
    : Et maintenant, quels sont vos projets ?
    Jean d'Aillon : J'ai encore beaucoup d'histoires prêtes, souvent à partir d'anecdotes découvertes dans des mémoires d'époque. Ainsi, pour Louis Fronsac, je dois avoir une dizaine de sujets qui donneront lieu à des romans (si Dieu me prête vie !). Il y a d'ailleurs deux gros romans déjà terminés et non encore publiés. Le premier, L'homme aux rubans noirs, est prévu chez J.C. Lattès. Le second s'intitule : Le secret de l'enclos du Temple et se situe durant la Fronde. Il y a aussi quelques nouvelles disponibles en mode numérique uniquement (ebook).
    Je travaille aussi sur une nouvelle série qui se déroulera sous le règne de Philippe Auguste. Le tome 1 s'intitule Marseille, 1198, et le tome II Paris, 1199, avec des personnages historiques comme Robert de Locksley, c'est-à-dire Robin des Bois !
    J'ai aussi commencé la suite des Ferrets de la reine, intitulé : Le collège fantôme.
    A plus long terme, je vais poursuivre La guerre des trois Henri, dont vient d'être publié Les rapines du duc de Guise (Lattès), et dont va sortir au printemps : La guerre des amoureuses, puis La ville qui n'aimait pas son roi. Il devrait y avoir encore 2 ou 3 volumes et peut-être une suite, façon Vingt ans après qui se situerait au début du XVIIe.

    Dominique : Merci monsieur d'Aillon, et à bientôt j'espère pour des dédicaces !


    Bibliographie
    Série Louis Fronsac

    1997 - L'énigme du clos Mazarin

    1998 - Le dernier secret de Richelieu

    1999 - Le mystère de la Chambre Bleue

    2000 - La Conjuration des Importants

    2001 - L'enlèvement de Louis XIV, précédé de Le Disparu des chartreux

    2004 - L’Exécuteur de la haute justice

    2005 - La vie de Louis Fronsac par Aurore La Forêt, préfacée par Jean d'Aillon

    2006 - La Conjecture de Fermat

    2008 - Les Ferrets de la reine

    L'Homme aux rubans noirs

    La Lettre volée

    À noter : la publication des aventures ne suit pas toujours l'ordre chronologique

    Les aventures du brigand Trois-Sueurs

    2002 - L'obscure mort des ducs, regroupe quatre récits : Les effroyables débauches de la Drouillade (1698-1707), Le grand hiver (1709), L’obscure mort des ducs (1712), La terrifiante agression (1720)

    2005 - La devineresse
    2007 - Le captif au masque de fer et autres enquêtes du brigand Trois-Sueurs, regroupe : Le captif au masque de fer (1706), La fille du lieutenant de police (1698) et Cartouche, capitaine général de la Grande truanderie (1721)

    Série Lucius Gallus

    2000 - Attentat à Aquae Sextiae

    Le Complot des Sarmates et La Tarasque

    Autres

    1999 - Marius Granet et le trésor du Palais Comtal

    2001 - L’Archiprêtre et la Cité des Tours

    2002 - Nostradamus et le Dragon de Raphael

    2003 - Le Duc d’Otrante et les compagnons du soleil

    2005 - Juliette et les Cézanne


  • 01/09/09--01:49: INTERVIEW : JEAN-MICHEL CALVEZ (chan 1317220)

  • Jean-Michel Calvez
    est né en 1961 en Bretagne dans le Finistère. Ingénieur en constructions navales, il travaille actuellement dans le domaine de la prospective. Passionné de littérature et de science-fiction (avec sept romans publiés ou en cours de publication dans cette catégorie), il écrit aussi dans d'autres genres de l'imaginaire : polar, roman noir, aventures ou espionnage, fantastique, roman contemporain. Il a également publié une quarantaine de textes courts (fantastique, horreur ou SF), d'abord en revues ou fanzines, puis dans diverses anthologies françaises On le retrouve depuis quelques dans un e-fanzine bilingue Bewildering Stories puis, depuis 2007, dans des anthologies "papier". Bref, Jean-Michel Calvez a plusieurs cordes à son arc. En plus d'être persévérant, il a également beaucoup de talent. Voici donc en quelques questions/réponses, le parcours, les motivations, les coups de gueule d'un écrivain obstiné et passionné.
    A noter que Jean-Michel Calvez sera présent au Salon de l'Imaginaire organisé par la ville de Lunel en les 28 et 29 novembre 2009. Il y dédicacera son prochain roman à paraître chez Interkeltia : Sphères et sa nouvelle La bonne aventure parue dans l'anthologie Identités, dirigée par Lucie Chenu, parue aux éditions Glyphe.

    Herveline Bonjour Jean-Michel, avec Le miroir du temps, paru en mai de cette année, tu as sorti ton cinquième roman de science-fiction. Peux-tu nous en raconter un peu la genèse ?
    Jean-Michel J'ai écrit ce roman il y a quelques années, mais il faut dix ans au mieux pour être publié. Il s'appuyait principalement sur un ou deux textes (par exemple Les plongeurs, un texte très court de 4000 signes non publié, écrit il y a longtemps, et qui est devenu le début du chapitre 7) que j'avais envie de réunir en un seul récit. Ce roman est un hommage explicite à la nouvelle car certaines de ces histoires (les chapitres impairs) ont un potentiel autonome, même en étant écrites sur mesure pour ce projet. La piste des Wasiri (publié en anthologie sous un autre titre) et Les plongeurs sont des textes que j'ai ré-exploités et soumis en lecture pour d'autres projets. Il est vrai que je désespérais de pouvoir publier un jour ce roman...d'un autre siècle... Le miroir du temps a un scénario atypique : univers et écritures très dissemblables entre les chapitres, complexité de l'argument temporel... et j'avais même commencé, faute de mieux, à en piller les quelques chapitres réutilisables pour d'autres écrits. A noter, en passant, que le titre initial de ce roman était Effets-miroirs, modifié suite à une suggestion de l'éditeur...

    Herveline Ton récit s'oriente clairement vers un genre peu développé en France : la hard-science. Est-ce un simple exercice de style ou l'ingénieur qui est en toi rêvait de s'exprimer au delà de la simple anecdote scientifique ?
    Jean-Michel Pour mettre en relation les diverses histoires indépendantes qu'il comporte, le cœur du roman (à savoir la théorie de la "vitesse du temps") appelait à une justification scientifique forcément complexe, devant mettre en concordance des incidents temporels en série, à chaque fois éclairés par les découvertes, les aléas ou les erreurs des protagonistes principaux. Il est vrai que ce type de SF sur fond scientifique qui attire assez peu les éditeurs en France, hélas, me plaît assez. J'ai écrit d'autres romans encore inédits du même genre. L'arène des géants en fait partie, mais celui-ci sort enfin, chez Interkeltia.

    Herveline Dans ton roman précédent, STYx, l'aspect technique était plus diluée, voire absent.
    Jean-Michel Oui, STYx est à cet égard un OVNI, car j'y ai délibérément laissé de côté toute tentative d'explication ou de langage scientifique pour exprimer d'autres sensations et sentiments ; en réalité, STYx correspondait à un autre besoin brûlant, encore inassouvi, celui de fustiger une société qui tourne de travers, inhumaine, d'où tout sentiment humain a disparu au profit exclusif du... profit ! Si la science a souvent la part du lion dans mes romans, ces derniers ont aussi la vocation de lancer un message en clair ou en filigrane : ce monde est mal foutu, et c'est de notre faute, l'homme n'a plus rien d'humain, il s'est vendu au diable et à l'argent, quitte à devenir lui-même plus cruel et insensible que l'animal.

    Herveline Tu évoques la science de l'optronique. Est-ce une science déjà existante ou une invention de ta part ?
    Jean-Michel Bizarrement, plusieurs lecteurs/chroniqueurs ont réagi sur ce mot. Je me suis laissé piéger par mon univers professionnel dans lequel ce mot, utilisé depuis de nombreuses années, est passé dans le langage courant. L'optronique est l'évolution actuelle de l'optique non seulement géométrique ou physique (les lentilles en verre, disons), mais aussi électronique (capteurs, informatique de traitement, etc.). Un appareil photo numérique est un sommet de l'optronique, même s'il semble banal aujourd'hui pour le grand public.

    Herveline Un de tes personnages dit ne pas croire au paradoxe temporel. Qu'en est-il de toi ? Et crois-tu que le voyage dans le temps soit un jour envisageable ?
    Jean-Michel Je ne peux prendre position, faute d'avancement suffisant de la science en ce domaine. A priori, je n'y crois pas, car cela briserait pas mal de certitudes ou de logiques fondamentales sur la flèche du temps et sur l'irréversibilité des événements du passé. Il n'empêche que c'est un levier scénaristique fabuleux, pour un auteur de SF ; à tel point que plusieurs de mes romans exploitent cet argument temporel : de manière assez secondaire dans Planète des vents, mon premier roman, dans La boucle d'Octobre paru en 2005, et dans Sphères, un autre roman qui devrait sortir en 2009.

    Herveline Il y a trois espaces lieux/temps dans ton roman : le présent, le passé et une planète lointaine vers laquelle convergent ces deux notions. Visible du présent, elle nous renvoie à plusieurs années lumière dans le passé. La variable année/lumière est toujours très troublante. Serait-ce vraiment possible de « voir » la Terre de notre passé au travers d'une lentille artificielle ou naturelle ?
    Jean-Michel Fondamentalement, tout ce que l'on voit est daté (ou "en retard", donc situé dans le passé) en fonction de la distance à laquelle on l'observe. Le soleil qu'on "voit" dans notre ciel n'est pas le soleil instantané, il (je veux dire son image visible) date de huit minutes-lumière environ ; et la lune d'une seconde. Comme une vidéo en différé, ces deux astres sont des images du passé, du fait de cette fameuse vitesse de la lumière, bien connue depuis Einstein et sa formule (formule dont très peu maîtrisent le sens). De même, observer l'espace jusqu'à ses limites les plus lointaines revient à voir l'origine des temps, le big-bang. Sans aller jusque là, ce roman prolonge ce principe d'une vision possible vers le passé jusqu'à une planète éloignée, bien plus lointaine que le soleil, planète dont une autre propriété physique est de bénéficier d'un effet-miroir. Cette situation idéalisée de "miroir" n'est pas du tout réaliste, bien entendu, mais c'était trop tentant notamment sur le plan symbolique, pour laisser passer l'opportunité de bâtir un scénario SF sur ce principe de "concordance géométrique".

    Herveline Dans STYx, la société des lutins était déjà très fascinante. Ici tu nous plonges dans celle d'un peuple qui utilise la lumière comme transcendance de l'acte sexuel. Tu en dis assez pour que le plus imaginatif de tes lecteurs puisse esquisser ce monde inconnu. Mais malgré tout, on voudrait en savoir plus, indépendamment de la trame principale.
    Jean-Michel Les jeux avec la lumière (assimilée à un élément liquide permettant d'y plonger) ne sont pas la seule particularité de cette civilisation souterraine ; il s'agit aussi d'une société à trois genres, trois sexes et non deux, dénommés « lutéale », « tectal » et «mental » ; les trois s'unissent lors de l'axe sexuel, le « plongeon ». S'y ajoutent des individus présumés neutres ou inactifs sur le plan sexuel, voire asexués, jouant dans cette société allégorique d'autres rôles plus fonctionnels : le shaman et Phaïs le solitaire, assimilable quant à lui à une sorte de serviteur ou d'eunuque du harem. Il s'agit d'une dissociation métaphorique à trois composantes de l'acte sexuel : la femme dédiée à la procréation, le mâle fort et protecteur (d'où le terme tectal) et un autre "type" de mâle, moins porté sur la puissance et la brutalité que la compréhension et la grâce, tel un être en miroir, complémentaire de l'homme viril ou brutal, un pendant masculin de la femme, en somme. Il apporte la jouissance, l'autre la force brute et le complément biologique indispensable à la procréation.

    Herveline Est-ce que les lutins ou les plongeurs sont amenés à réapparaître (voire à se rencontrer ;-) dans une prochaine œuvre ? Leurs mondes sont tellement envoûtants !
    Jean-Michel Les plongeurs réapparaissent dans une nouvelle que j'espère publier en 2009. Quant à un autre roman utilisant cet univers, cela me semble difficile pour le moment, vu mon inclination naturelle à explorer des modes et des mondes différents pour chaque projet. De plus, je ne suis pas très porté sur les romans à suites, ni pour en écrire, ni pour en lire, je préfère, en général, "tourner la page".

    Herveline Si l'on ne peut pas vraiment parler de fantasy au regard de l'aspect « réaliste » et contemporain du récit, la description du peuple vivant sous le Toit flirte quand même avec ce style littéraire. Ton approche poétique, merveilleuse et spirituelle (et sensuelle) laisse penser que tu aurais pu tout autant développer un roman de fantasy en interaction avec des chapitres SF et non l'inverse comme présentement. Envisages-tu un jour d'écrire un roman de fantasy ?
    Jean-Michel Tu as raison, mais ce mode d'écriture, comme cet univers, ne m'étaient pas très naturels. J'avoue ne pas être fan de fantasy, ni pour en lire, ni pour en écrire, comme pour les romans à suite dont je viens de parler, et il y a sans doute là un lien de cause à effet car la fantasy use et abuse trop souvent de ce principe. Cela dit - ça me revient ! - j'ai tout de même écrit (et publié) quelques textes de fantasy. Par exemple Alchemie (presque une novella), dans l'anthologie Science & sortilèges aux éditions NestiVeQnen, ou Water music, dans le numéro 1 d'Univers & chimères (en ligne).

    Herveline Peu de chance d'avoir une suite de STYx, alors ? (snif)
    Jean-Michel Si, j'ai malgré un projet de suite chronologique de STYx, dans laquelle (pour des raisons assez évidentes pour qui a lu STYx), les Lutins seront absents. Il s'agit simplement de la même planète que redécouvre une personne non informée des événements dramatiques intervenus précédemment. L'Ogre en revanche est toujours là, toujours calé sur sa même logique du profit. D'une façon quasi inévitable, certains schémas d'exploitation industrielle et sociale se reproduisent.

    Herveline Que penses-tu des auteurs de littérature blanche qui publient de la SF en se décriant d'en écrire ?
    Jean-Michel Au cours de mes recherches d'éditeurs, j'ai fait lire STYx à des éditeurs non-SF, parce qu'il m'a semblé que le discours du roman pouvait transcender la notion de genres littéraires. En vain, malgré son style très littéraire qui semblait un bon atout. En réalité, je crois que cette polémique provient avant tout du sectarisme des éditeurs de littérature blanche qui considèrent la science-fiction (donc les auteurs qui en écrivent ou en proviennent) comme un sous-genre sans intérêt. Si des auteurs jouent aussi à ce jeu et avancent masqués, j'imagine que c'est parce qu'ils y sont contraints par le "système", ils ne l'ont pas trouvé tout seuls.

    Herveline Comment te positionnes-tu dans le monde des littératures de l'imaginaire ?
    Jean-Michel Pour la classification (s'il en faut une ?) je dirais, en deux mots : plutôt SF pour le roman, et plutôt fantastique pour la nouvelle, je crois. Ce qui n'est qu'un constat sur le "déjà fait" en quinze ans d'écrits, statistique donc, mais nullement une orientation définitive ou irréversible puisque je n'ai ni "projet" ni "stratégie" de carrière ; ces mots - les trois - n'ont aucun sens, en imaginaire, vu les aléas de l'édition ; on navigue à vue.
    Quant à moi, à contre-courant de sentiers trop balisés, je souhaiterais diversifier les étiquettes ou les briser, faire par exemple quelques incursions hors SF et hors Imaginaire (un rêve !) et publier, enfin, mes romans mainstream qui attendent depuis longtemps. Mais je suis conscient, que mes romans SF publiés ne comptent pour rien dans un CV "littéraire", pour ouvrir de nouvelles portes, et ne serait-ce que pour être remarqué par un éditeur mainstream. Pas même STYx, malgré l'universalité des thématiques qu'il aborde et son scénario atypique dans le paysage de la science-fiction, qui détonne et secoue un peu, je crois. C'est désespérant de voir que l'effort de renouvellement ou d'innovation laisse à ce point le lecteur indifférent, alors même que ça devrait être le principal atout, surtout en imaginaire bien sûr... mais pas seulement.

    Herveline Aujourd'hui, tu publies Le miroir du temps chez un nouvel éditeur, @telier de Presse, qui offre deux supports possibles : version papier et version téléchargeable. Cela se fait de plus en plus (Eons, Lulu.com etc.) Selon toi quel est le support le plus privilégié par les lecteurs et as-tu un avis sur l'avenir du livre à l'heure même où le e-book revient après quelques années peu concluantes ?
    Jean-Michel Je ne suis pas très représentatif des tendances. Peut-être suis-je de "l'ancienne génération". J'aime le livre, l'objet, le contact avec le papier et je n'aime pas lire à l'écran. J'ai le même avis pour le disque : l'objet a une signification, une "aura" qui attise le désir de collectionner. La génération actuelle navigue dans l'immatériel et le jetable (cela dit, je crois que jeter est, stricto sensu ou presque, l'inverse du téléchargement, non ?). Je suis donc assez perplexe : le livre "papier" semble n'être plus un produit d'avenir ; peut-être qu' écrire un roman est, du coup, devenu aussi un combat d'arrière-garde, un acte dépassé car il ne parvient plus à convaincre le public ou à le détourner de ses chers écrans. Les gens ne "lisent" désormais que des images, comme si un texte n'était plus assez sexy pour eux ; à moins qu'il n'exige de leur part trop d'efforts, y compris de leur propre imagination défaillante, devenue paresseuse, parce que trop nourrie de virtualité. Tout étant offert sous cette forme, en couleurs et en 3D, il faut croire que l'on ne sait plus transcrire un "simple" texte écrit en sensations et en émotions.

    Herveline Pour te connaître un peu mieux, quels sont les auteurs, livres, films (peintures, BD etc) qui t'influencent, qui t'ouvrent des portes vers l'imaginaire ?
    Jean-Michel Elles sont diverses mais surtout j'affectionne les textes bien écrits. Parfois en science-fiction, je regrette que la qualité du style et l'ambition littéraire soient considérées comme secondaires par certains auteurs ou éditeurs, de la même façon que pour le polar où doit prévaloir l'intrigue. Dan Simmons, par exemple, est un modèle pour moi, avec aussi Greg Egan et l'ensemble des auteurs aimant avant tout la belle écriture. Mais la musique est aussi vitale pour moi ; c'est un univers qui accompagne mon écriture en me plaçant dans une ambiance propice. Ambient, dark-ambient, drone, field recording me semblent les musiques les plus proches de la science-fiction par leur contenu, leur mode de création et leur spectre harmonique. Dans les années 70, j'étais fasciné par la musique planante électronique de groupes tels que Tangerine Dream aux œuvres développées et complexes. Et la musique ambient en est une prolongation naturelle avec des moyens techniques plus puissants (sampling), permettant d'imiter ou de créer n'importe quel son pour générer des ambiances totalement irréelles. La BD, elle, me laisse plutôt indifférent de façon générale. Je n'ai pas d'explication logique à offrir, ni d'excuse - parce que c'est trop cher, trop vite lu, difficile à emporter (j'aime lire dans le train) ? Je suis du reste sensible à la peinture. Je suis fasciné par l'œuvre de Dali ; en revanche, l'absence de logique apparente de ses œuvres a du mal à m'inspirer pour mes projets car, même en fantastique, j'écris de manière inductive/déductive. Je ne pourrais écrire des scénarios "déjantés", j'écris comme on construit, en déroulant un canevas, une logique interne quasiment mathématique, sans faille (du point de vue de l'auteur !).

    Herveline Est-ce pour toi plus aisé d'écrire des nouvelles que des romans ou l'inverse ?
    Jean-Michel La difficulté se pose en termes d'obstacle à franchir pour clore un texte, car le dernier quart d'un roman est toujours le cap le plus délicat. J'ai eu dans mes travaux quelques bonnes idées qui ont "mal fini" ou capoté, parce que je ne parvenais pas à trouver une "bonne" fin. J'ai un roman qui attend sa fin depuis douze ans ; d'autres un peu moins, mais le temps passe, et toujours pas d'étincelle ni de déclic crucial. Des nouvelles aussi, écrites à 80% environ et qui résistent encore à quelques paragraphes du point final.

    Herveline Parmi tes œuvres, romans ou nouvelles, laquelle t'a demandé le plus d'énergie ?
    Jean-Michel Si l'on parle d'énergie, le roman pose un problème tenant moins à la difficulté d'écrire qu'à la motivation à investir sur la longue durée, à écrire des œuvres non sollicitées, qui ont de fortes chances de rester inédites. Depuis plus de quinze ans, écrire, puis faire publier est un combat de tous les instants, avec des hauts et beaucoup de bas. Hormis STYx, que je tenais absolument à voir publier, certains de mes meilleurs textes sont encore inédits ; et je crois que certains le resteront, vu la conjoncture.
    Face à la barrière quasi insurmontable de la publication, la nouvelle est simplement un risque moindre de "gamelles" avec moins de regrets, lorsque ça a été écrit pour rien. J'ai environ 200 nouvelles, j'en sors quelques-unes du tiroir lorsqu'un appel thématique y correspond, mais le pourcentage de pertes est énorme. J'ai "bloqué" environ trente textes de SF ou fantastique sur une thématique unique pour un projet de recueil depuis presque dix ans, en vain jusqu'à présent, et j'ai l'impression qu'il n'y a plus d'éditeurs pour ça, que l'on ne veut plus prendre le risque de l'originalité, sans sortir d'abord sa calculette et commencer par faire une étude de marché. Or si le livre n'a plus d'avenir, si c'est vraiment ça qui nous attend à terme, textes, romans et nouvelles sont morts.

    Herveline Quels sont tes prochains projets que nous pourrions encourager au terme de cette agréable rencontre ?
    Jean-Michel Deux romans de SF chez Interkeltia, un nouvel éditeur de SF mais pas seulement (Interkeltia a d'autres cordes à son arc). Un projet de mini-recueil de fantastique pour la fin 2008 chez ActuSF. Une ou deux (trois... ?) nouvelles d'imaginaire seront publiées en 2009, si tout va bien. Pour le reste, rien n'est vraiment certain à ce jour.
    J'ai traduit ou écrit directement quelques textes en anglais pour des anthologies américaines, afin de briser un peu la routine, y ajouter une difficulté (un défi ?) et changer d'univers. Pour l'heure, ça m'a permis d'être publié trois fois en ligne sur un site américain (Bewildering stories), et deux fois en anthologies thématiques "papier". Mais l'exercice est ardu car mon niveau d'anglais n'est guère plus que scolaire, donc un niveau qui, en théorie, ne me permet pas de rivaliser sur le terrain de la langue avec de vrais auteurs anglo-saxons. Sauf, comme me l'écrivait récemment mon éditeur américain, commentant un appel à textes pour lequel je concours en anonyme et sans indulgence particulière, si le jury qui le secondera dans sa tâche de sélection cherche avant tout de "bonnes histoires", pour lesquelles la perfection formelle de la langue de Chèque-spire est une donnée qui reste révisable à posteriori.

    Herveline Que peux-tu dire, pour finir, de La Voie Rubis, ton tout dernier roman sorti, chez l'Atelier du futur?
    Jean-Michel Ce roman a attendu son tour (donc mûri, en reformulant de façon positive). J'avoue l'avoir destiné avant tout au Fleuve Noir qui, à cette époque, était encore dans sa configuration originelle : livres de poche, plusieurs collections, etc. De ce fait, La Voie Rubis est bien moins ambitieux que STYx, moins complexe et foisonnant aussi, sans mises en cause ni questionnements sociétaux ou métaphysique. C'est avant tout un roman de SF "classique" d'un abord plus aisé, qui privilégie l'action et l'aventure. En revanche, son décor est intéressant car très réaliste, et conforme à la réalité puisqu'il s'agit de Jupiter et de ses lunes (cette planète en a bien plus que notre Terre, elle est "polygame", si l'on peut le dire ainsi !). Quoi qu'il en soit, je crois qu'il ne faut pas chercher à comparer ce roman à STYx, ni au Miroir du temps, car il entre dans une autre catégorie de SF et, peut-être aussi, de lectorat ? Au lecteur d'en décider.

                                                 Interview réalisée en décembre 2007 par Herveline


    Bibliographie (mise à jour au 04/05/09)
    Romans
    1996 - Planète des vents Fleuve noir
    1997 - Huis clones Fleuve Noir
    2006 - La boucle d'octobre Rivière Blanche
    2006 - Panique au Quartier Lointain (roman policier)
    2007 - STYx Glyphe
    2008 - Le miroir du temps @telier de presse
    2008 - La Voie Rubis @telier de press
    2008 - L'Arène des Géants Interkeltia
    2008 - Manières noires Actu SF (Reccueil)
    Nouvelles
    1994 - Ouvre-moi ta porte Styx-miniature n° 19
    1995 - La mission perdue La geste n° 9
    1995 - Le voyageur La geste n° 10
    1999 - Le scarabée dans Jour de l'an 2000 (Nestiveqnen)
    2000 - Les défouisseurs dans De minuit à minuit (Fleuve noir)
    2000 - L'éternel été, ou le songe dans la clairière et La galerie des miroirs dans Ténèbres 2000 (Naturellement)
    2000 - L'horloge et le jeune homme Ténèbres n° 9
    2000 - Triple bulle dans Jour de l'an 3000 (Nestiveqnen)
    2001 - Cinémomie dans Momies (Emblèmes n° 3, Oxymore)
    2001 - No man's hand dans Douces ou cruelles ? (Fleuve noir)
    2001 - Souffrir c'est mourir un peu dans Magie & sorcellerie / Les vagabonds du rêve n° 3 (Oxalis)
    2001 - La tapisserie de Pénélope dans Territoires de l'angoisse (CyLibris)
    2002 - Alchémie dans Science et sortilèges (Nestiveqnen)
    2002 - Enchères dans Pouvoirs critiques (Nestiveqnen)
    2003 - Analogies dans Rock Stars (Nestiveqnen)
    2003 - TransSelvaExpress dans La route (Emblèmes n° 9, Oxymore)
    2004 - Afterland dans Il était une étoile et demie à ma montre (Publications d'Onire) en ligne
    2004 - Water music dans Imaginaire et musique / Univers & chimères n°1 en ligne
    2005 - Allégeance dans Tatouages (Belles Lettres)
    2005 - Coup de foudre dans La passion / Univers & chimères n° 2 en ligne
    2005 - Les Îles de la tentation dans Moissons futures (la Découverte)
    2006 - Delirium session dans Fantômes de Jazz (Belles Lettres)
    2007 - A quatre mains dans (Pro)Créations (Glyphe)
    2007 - Poème pour Emma dans Bewildering stories (USA, en français+anglais) en ligne
    2007 - Un jour de neige dans Bewildering stories (USA, en français+anglais) en ligne
    2007 - Dernier souffle dans Parfums mortels (Malpertuis)
    2007 - Liquid Moon dans HPL 2007 (Malpertuis)
    2007 - Sang d'encre Galaxies n°42 
    2007 - anthologie Ruins (Hadley Rille Books, USA)
    2008 - anthologie Secrets de famille (Malpertuis)
    2008 - anthologie Desolate places (Hadley Rille Books, USA)
    2009 - La bonne aventure dans Identités (Glyphe)
    A paraître
    Roman : Sphères, parution prévue chez Interkeltia en octobre 2009
    Nouvelle : Initiation dans Passage (Les 400 coups)  2009
    Nouvelle : dans le reccueil Flammagories (Argemmios)  2009
    Nouvelle : dans Contes de ville et de fusées (Ad Astra)  2009


  • 01/09/09--03:05: INTERVIEW : ANTHELME HAUCHECORNE (chan 1317220)

  • Anthelme Hauchecorne
    écrit depuis plusieurs années. C'est un séjour prolongé à l'hôpital qui déclenche sa passion de l'écriture. Ses textes ont été depuis publiés dans de nombreuses revues et fanzines (Khimaira, Calepin Jaune, Eclats de Rêves, Traverses et parchemins...) Mais le parcours de l'écrivain qui veut se faire publier est rude et en dépit de cette difficulté et malgré un talent incontestable, il arrive enfin en force avec son premier roman La tour des illusions. Et d'autres projets se profilent pour le plaisir des lecteurs qui le soutiennent. Il a accepté de répondre nos questions sur ce parcours, son inspiration et évidemment sur ce premier roman fort d'imagination.

    A noter qu'Anthelme Hauchecorne sera présent au Salon de l'Imaginaire organisé par la ville de Lunel (Hérault) les 28 et 29 novembre 2009. Il y dédicacera ses dernières nouvelles parues dans divers magazines et anthologies et présentera son prochain roman à paraître chez ? : Ames de verre.

    Herveline Bonjour Anthelme, d'abord c'est un vrai plaisir de pouvoir échanger quelques propos avec toi ; premièrement par ce que ton premier roman est une réussite, ensuite par ce qu'en tant qu'auteur « débutant », c'est intéressant de connaître ton parcours au sein des méandres éditoriaux. Si tu veux bien, on évoquera un peu tout ça.
    Mais pour commencer, peux-tu nous parler un peu de toi. Quel est ton parcours jusqu'à aujourd'hui ?
    Anthelme J'ai un parcours atypique : petits boulots, vendeur en boutique de jeux de rôles (la Caverne du Gobelin à Nancy/coup de pub), chef de rayon, vendeur d'alarmes... Beaucoup de professions commerciales, très utiles pour créer des personnages menteurs et manipulateurs. J'ai été surveillant aussi, avant de réussir le concours d'enseignant en économie-gestion. Et l'année prochaine, j'enseignerai en BTS Tourisme au lycée Gaston Berger de Lille (re-coup de pub). Je dois me démener pour trouver le temps d'écrire, mais le plaisir naît dans la contrainte.

    Herveline Il semble que c'est une immobilisation de deux mois à l'hôpital qui soit à l'origine de ton envie d'écrire. Comment aborde-t-on ce besoin : avec boulimie et désorganisation ou au contraire avec sérénité et maîtrise ?
    Anthelme Puisqu'il faut faire un choix, je dirais sans hésiter... les quatre à la fois ! C'est agréable d'écrire par envie, mais il faut aussi savoir se faire violence par moment. C'est utile d'être organisé, mais des fois il faut avoir les c... le courage de remanier son scénario sur un coup de tête. Le besoin d'écrire, c'est un paradoxe perpétuel : besoin des autres et besoin d'être seul, besoin d'un cadre et besoin d'être libre, besoin de règles à enfreindre, besoin de genres littéraires bien définis (fantastique, fantasy, SF...) juste par sadisme, pour les foutre ensuite dans un grand pot et tout mélanger...

    Courrières dans le Calepin Jaune n°10Herveline Tu as commencé par publier des nouvelles. Avais-tu déjà des contacts dans le milieu éditorial ou t'es-tu lancé sans filet ?
    Anthelme Sans filet, sans piston et sans coucher. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé ! Du coup j'ai dû me résigner à travailler, c'est malheureux. De là à dire que seul le travail paie, il ne faut pas se faire d'illusion. Il y a des passe-droits dans ce milieu et quand on n'en a pas, hé bien il ne reste que le droit de bien fermer sa gueule et de se donner une double dose de travail. Je ne ferai pas ici le couplet de l'écrivain méritant (aigri ?) qui s'en sort par lui-même. Si j'avais eu des pistons, probablement que je les aurais utilisés. J'ai dû faire sans, c'est tout. Quand le courant ne passe pas entre mon travail et le comité de lecture ou l'éditeur, je reprends mon paquet sous le bras et je continue à avancer.

    Herveline En envoyant tes manuscrits, quels sentiments as-tu ressentis ? Comment se prépare-t-on à l'éventualité d'un refus ou de l'absence de réponse ?
    Anthelme J'ai eu le sentiment d'avoir à nouveau dix ans et d'être à la veille de Noël. C'est une étape amusante de guetter chaque jour le passage du facteur, de scruter sa boîte mail avec le palpitant qui s'agite. Et le plus important : toujours embrayer aussitôt avec un autre projet, ne jamais rester à ne rien faire. Un éditeur me refuse ? Je passe au suivant sur la liste, et ainsi de suite. Sans oublier la règle d'or : une bonne surprise arrive quand on s'y attend le moins. J'écris avant tout des histoires qui me plaisent et, puisque je gagne ma vie autrement, cela me laisse de la liberté pour expérimenter, pour peaufiner. Selon moi, l'étape la plus stressante reste la création... Et la relecture/correction. Un travail de fourmi. Je déteste ça.

    Supermarkt dans KhimairaHerveline Parle-nous un peu de ces différentes nouvelles que tu as publiées ?
    Anthelme Un nombre édifiant pour commencer : sur 50 nouvelles à ce jour, seules 15 ont été publiées. Je ne parlerai même pas de mes premières tentatives, sauf si je devais publier un jour un bêtisier. Une erreur récurrente à mes débuts : vouloir mettre trop de choses, en gâchant mes effets. Les nouvelles qui m'ont marqué, voyons... Je suis passé par plusieurs genres : policier, fantastique, SF, fantasy, littérature blanche... Ainsi qu'une expérience peu concluante de l'horreur : que des refus ! C'est pourtant un genre que j'adore depuis ma plus tendre enfance, on y reviendra. Un dénominateur commun lie tout de même ces nouvelles : l'humour. Que ce soit les remarques acides du détective privé de Supermarkt, (nouvelle parue dans la revue Khimaira), ou le ridicule des situations de Dementia Populi ou de C.F.D.T. (parues dans le fanzine Éclats de Rêves / Sandrine Gaquerel), l'humour reste un ingrédient incontournable. « Tout est risible, même la mort. », disait Pierre Desproges, avant d'ajouter : « Surtout elle. » C'étaient ses mots, ou à peu près. Je profite qu'on parle de mes nouvelles pour saluer toutes celles et tous ceux qui m'ont publié à mes débuts : Menolly / Karim Berrouka / Michaël Fontayne (Parchemins et Traverses), Pierre Gévart (Géante Rouge), re-Menolly et Magali Duez (Griffe d'Encre), Estelle Valls de Gomis (Le Calepin Jaune), Marc Bailly (Phénix Mag & La Yozone), l'équipe de Traversées Oniriques et celle de Reflets d'Ombres. D'ailleurs des nouvelles sont encore à paraître : Nuage rouge, Trêves de comptoir, Le diable noir, Brumes...

    Herveline Aujourd'hui ton premier roman rencontre de bonnes appréciations. Es-tu réceptif et à l'affût de ce qui se lit sur Internet ou ailleurs ?
    Anthelme Bien sûr : je relève les noms, les adresses mail et comme les héros du film Jay et Bob contre-attaquent, je prépare de sanglantes représailles contre ceux qui en diraient du mal. Moyennant un ou deux homicides, j'ai la paix. Les critiques sont bonnes ? La preuve que le système fonctionne.

    Herveline Comment te sont venues les idées qui ont aboutis à La tour des illusions ? As-tu été inspiré par quelques influences ?
    Anthelme Ma principale influence fût... Le temps ! Je voulais l'écrire pendant les grandes vacances, mais le projet fut bouclé avec trois mois de retard. Dur de me souvenir de mes lectures à ce moment. Je découvrais Asimov, Herbert, Huxley et quelques autres classiques de la SF et du space opera (dont les Traquemort de Simon R. Green). Pourtant, je ne sens pas leur empreinte sur ce roman, dont la construction très simple me fait plutôt penser au théâtre. C'est vers cette période que j'ai commencé à lire les pièces de Shakespeare, dont Othello qui m'a marqué. Mais ne va pas chercher Shakespeare dans ce que j'écris, tu serais déçue. Mon influence principale reste peut-être les films des Monty Python, que je regardais en boucle les soirs pour me détendre. Une précision encore concernant ce roman : parce que je n'oublie pas les lecteurs de la première heure, je n'exclus pas de réutiliser des personnages dans des aventures futures, histoire de donner un côté « collector » à mes premières parutions. Je ne pense pas être ingrat. Les lecteurs fidèles trouveront leur compte. Durant tout l'été 2008 par exemple, je proposerai mon roman dédicacé accompagné d'une ancienne publication, dédicacée elle aussi. L'occasion pour certains de prendre le train en marche, et pour d'autres de compléter leur collection. L'offre sera bientôt en ligne sur mon Myspace : http://fr.myspace.com/ahauchecorne

    Herveline Tu sautes facilement du réalisme social à la loufoquerie. Est-ce représentatif de ton caractère ou simplement d'un imaginaire tellement riche qu'il s'exprime, explose au gré de ton humeur ?
    Anthelme C'est une manière d'être : je ne me prends pas au sérieux, et pourtant je suis un bourreau de travail. Chaque passage est écrit et réécrit, si bien que tôt ou tard l'envie me prend de déconner en y insérant de l'humour, soit au travers d'un personnage qui se lâche, soit en poussant une situation à son paroxysme.

    Herveline Qu'ils soient mercenaires, médecins, SDF, ou millionnaire, les personnages que tu crées semblent sortir d'univers divers et variés. Et pourtant ils sont tous aussi attachants les uns que les autres malgré leurs déviance, leurs tares ou leur sentimentalité. Encore une prouesse à souligner, celle du mélange des genres. Comment ont-ils pris vie ?
    Anthelme Je travaille à partir de fiches de personnage, habitude héritée du jeu de rôle, mais que l'on pratique aussi en BD. Je m'inspire de personnages de films et de séries : Snake Plissken (New York 1997), Han Solo, Dr. House, Gabriel Solis (Desperate Housewives)... Je choisis mes émissions et mes divertissements selon des critères particuliers. De bons dialogues, c'est essentiel. C'est pour cette même raison que je collectionne les films de Michel Audiard. Enfin, je m'inspire de mon entourage, qu'il s'agisse de ma copine, de mes amis, des collègues, d'un passager du métro dont je réinvente la vie... Parfois j'ai l'impression d'arpenter les rues de Lille en charognard.

    Primal dans Phenix-MagHerveline Tout le récit baigne dans une sorte de melting pot où thriller, fantastique, aventure et science-fiction font bon ménage. Dans ta nouvelle Primal, tu abordais la fantasy (aux frontières d'un monde moderne et bien réel). As-tu un genre de prédilection dans l'écriture ou la lecture ou au contraire tu aimes laisser vaquer ton imagination sans la brider ce qui donne certes un roman un peu inclassable mais pourtant d'une grande valeur inventive ?

    Anthelme Mon premier amour fut l'horreur. Un souvenir : Vendredi 13 quand j'avais six ans, moi devant la télé profitant de la fatigue de mes parents. Ils n'étaient pas au bout de leur peine les pauvres, car suite à cela j'ai « égayé » leurs nuits avec mes cris pendant un temps. Mes premières idoles étaient des réalisateurs : Dario Argento, Mario Bava, George Romero, David Cronenberg... Oui, il y a eu des séquelles. Adolescent, j'ai eu ma période Lovecraft qui a duré un an. Puis j'ai eu ma traversée du désert -littéraire-, pendant mes études de droit et d'économie, avec quelques oasis tout de même : les premiers tomes du Trône de fer, les romans de Greg Stolze parus chez White Wolf... Ensuite, ça a été l'explosion. Pendant ma maladie, j'ai lu de tout avec avidité, du théâtre, du policier, de la littérature blanche : Houellebecq, Bobin, Gavalda, Granotier... À plus d'un titre, ce fut une renaissance. Au sortir de l'hôpital, j'avais eu une épiphanie, mais du genre à sentir le soufre et les bacchanales. Toutes ces influences se développent en pagaille dans ma tête, un chaos que je me contente de dégueuler, chaud et bouillonnant, sur les touches de mon clavier.

    Parchemins & TraversesHerveline Quel conseil donnerais-tu à ceux qui comme toi ont trouvé la passion d'écrire et qui pour autant se heurte aux difficultés de se faire éditer ? Et que penses-tu de ces maisons qui proposent aux auteurs de payer l'édition de leurs œuvres sans pour autant avoir une bonne structure de diffusion et de distribution ?
    Anthelme Des conseils ? Tout dépend de ce que l'on veut faire. Publier des nouvelles est un objectif réalisable. Il existe plein de fanzines (voir plus haut) qui cherchent des bénévoles pour rempli leurs pages. Un travail régulier et acharné, couplé à de bonnes lectures, devrait vous donner gain de cause. Notez que ça nécessite déjà un certain investissement personnel. Publier des nouvelles ET être payé pour ça, c'est déjà autre chose. Les magazines qui payent ne sont pas légion (Elegy, Lanfeust Mag...) et ne publient qu'une nouvelle par parution. Autant dire que la lutte est serrée. Les anthologies (Parchemins et Traverses, Griffe d'Encre...) sont accessibles, mais la rémunération est plus faible. Que reste-t-il ? Publier un recueil de nouvelles, ou un roman. Et là, bienvenue dans la jungle des éditeurs ! Commençons par les éditeurs à compte d'auteur (oui, les méchants qui font payer aux auteurs pour la publication de leurs œuvres), avec lesquels je ne travaille pas et pour cause ! Ces gens n'ont d'éditeurs que le nom : ils ne distribuent pas et ne font aucune promo. Autrement dit, ce qu'ils vous vendent, ce sont simplement leurs services d'imprimeur, en prétendant par-dessus le marché qu'ils ont aimé votre livre (que la plupart du temps ils n'ont pas lu. Quelle importance pour eux que l'œuvre soit bonne ? Ils ne prennent aucun risque. Quoiqu'il arrive, ils seront payés, tandis que la partie se jouera avec vos billes. Hé oui : à vous de refourguer votre stock de livres). Rappelons aussi qu'il existe des bourses d'aide aux auteurs (du Centre national du Livre), mais que la publication à compte d'auteur ne permet pas d'y accéder, tandis que l'édition à compte d'éditeur si ! L'édition à compte d'éditeur est donc la seule qui vaille la peine. Déjà parce que c'est l'éditeur qui paie l'impression, et quand l'éditeur paie, l'éditeur s'engage ! Il va se démener pour vendre. Deuxièmement, un éditeur n'investit que dans un roman qui, d'après lui, a ses chances. Si votre œuvre est retenue par un éditeur, c'est une vraie reconnaissance. À vous de vous renseigner sur la ligne éditoriale des différentes maisons, ou sur leurs collections. Mon éditeur par exemple, l'Atelier de Presse, présente plusieurs collections, dont l'Atelier du Futur spécialement dédiée à la Science-Fiction. Merci à Gilles Vidal et Jean Pierre Van Geirt.

    Logique d'ensemble : dans Ouvre-toi (Griffe d'Encre)Herveline Au terme de cette première rencontre, que peut-on te souhaiter pour l'année en cours ? As-tu d'autres projets en cours ?
    Anthelme Mon seul souhait pour cette année, concernant l'écriture, sera de terminer Âmes de verre, mon deuxième roman et de le soumettre à la rentrée à un éditeur. Ce sera l'aboutissement de plus d'un an de travail passionné, marqué par les influences d'œuvres commerciales, comme le Trône de fer ou Riverdream de George Martin, mais aussi d'auteurs plus controversés comme Ballard (Crash) ou Burroughs (le Festin nu), ou encore de deux incontournables français : Mathieu Gaborit (Agone, qu'on ne présente plus) et Jérôme Noirez (la trilogie Féerie pour les Ténèbres, Leçons du monde fluctuant). Le résultat sera une alchimie d'un autre genre, un récit mêlant humour, fantastique urbain contemporain, horreur et plein de petits ingrédients que je dois encore doser si je ne veux pas que le schmilblick me pète à la gueule. Boum !

    Herveline Merci Anthelme d'avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions.

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    Bibliographie (Mise à jour le 08/05/09)
    Nouvelles
    2005 Supermarket dans Détectives de l'étrange (Khimaira n°4)
    2006 La ballade d'Abrahel dans Contes et légendes revisités (Parchemins et Traverses) extrait en ligne 
    2006 Courrières (Le calepin Jaune n°10)
    2006 Le jardin des peines (Traversée Oniriques)  en ligne
    2006 Primal (Phénix Mag Hors-série n°1)  en ligne
    2006 La revanche de la moisissure de l'espace (Géante Rouge n°2)
    2007 C.F.D.T. dans Monstres & compagnie (Éclats de Rêves n°13)
    2007 Dementia Populi dans Psychoses (Eclats de rêves n°11)
    2007 Les deux visages de l'innocence (Reflets d'Ombres n°10)  en ligne
    2007 Logique d'ensemble dans Ouvre-toi (Griffe d'Encre)
    Romans
    2008 La tour des illusions (Atelier de Presse)  Epuisé
    A paraître
    Roman : Âmes de verre  2009
    Nouvelle : Nuage Rouge dans Explorations Infernales (Parchemins et Traverses)
    Nouvelle : Le Diable Noir dans Cauchemars (Parchemins et Traverses)
    Nouvelle : Trêves de comptoir  dans Super héros (Parchemins et Traverses)
    Nouvelle : Des stars qui tapent sur le "system" dans Chant (Parchemins et Traverses)
    Nouvelle : Brumes dans Assis au bord du monde (Éclats de Rêves)


  • 05/18/09--19:57: INTERVIEW : ALAIN BLONDELON (chan 1317220)

  • Alain BlondelonAlain Blondelon vient de publier son premier roman, Onde de choc, chez Rivière Blanche. Il avait déjà participé à un recueil de nouvelles en hommage à l'univers de Cal de Ter de son idole P.J. Hérault chez le même éditeur et entend bien continuer sur sa lancée.

    Il inaugura notre calendrier évènementiel en venant dédicacer son livre chez nous le samedi 06 juin 2009 à partir de 17h30.



    Herveline
    Bonjour Alain, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?
    Alain Et bien en quelques mots, Je suis né à Paris où j'y ai fais des études d'électronique (rue de la Lune, ça ne s'invente pas !), puis d'informatique au CNAM.
    Je suis marié et j'ai trois enfants.

    Herveline Depuis quand écris-tu et comment es-tu venu à la SF ?
    Alain J'ai vraiment commencé à écrire à l'adolescence et tout de suite, mon choix s'est porté sur la SF.
    Lorsque j'étais en classe de quatrième, il fallait choisir un livre, le lire (naturellement) et en faire un commentaire. Pour ce faire, j'avais opté pour La guerre des mondes de H.G.Wells dont j'avais vaguement entendu parler. Ce fut la révélation.
    Ensuite, j'ai connu la fameuse collection "Anticipation" du Fleuve Noir avec Hors contrôle de P.J.Hérault (qui est une de mes deux idoles, l'autre étant bien entendu Gilles Thomas avec sa trilogie : L'autoroute sauvage, La mort en billes et L'île brulée)

    Herveline Pourquoi un premier roman post-apocalyptique ?
    Alain Je dois avouer que j'aime ce genre de roman. Seulement la plupart du temps l'apocalypse s'est déjà produite. Un des rares romans qui traite de ce sujet est Le dernier pilote de P.J.Hérault. J'avais envie de traiter ça, à ma façon. Des personnes ordinaires, confrontées à une situation extraordinaire et irréversible. C'est ce côté définitif qui fait émerger le vrai caractère des personnages et les fait évoluer. J'espère avoir réussi cela.

    Herveline Ton personnage principal s'appelle Alain. T'es-tu projeté pour essayer de voir comment tu te comporterais dans une situation similaire ?
    Alain Forcément, quand on écrit, il y a un peu de l'auteur dans son personnage et dans mon cas, il y en a beaucoup ! Je crois que je tenterai de faire sensiblement ce que j'ai écrit.

    Herveline Tes personnages se déplacent beaucoup : Bourgogne, Bretagne, Morvan. Sont-ce des régions que tu apprécies ?
    Alain Non seulement j'apprécie le Morvan et la Bourgogne, mais j'y ai une maison et je connais bien les endroits que j'ai décrits. Toute une branche de ma famille en est originaire et j'y garde de nombreuses attaches. Et puis, mon ami Lionel habite vraiment à Gueugnon !

    Herveline Bien que tortueuse, l'explication scientifique qui évoque une interaction entre ondes spécifiques, « ondes cérébrales » et « relais répartis sur toute la planète » pourraient faire penser aux effets néfastes de nos téléphones portables. Que penses-tu de toutes ces nouvelles technologies et de leur place dans notre quotidien ?
    Alain Ayant fait électronique, je suis mal placé pour dénigrer ces nouvelles technologies, mais tout de même, je pense qu'il faut les consommer avec modération. Nous baignons littéralement dans les ondes et avec les téléphones, la fréquence s'est considérablement élevée. On doit friser les micro-ondes, non ?

    Herveline Sur l'île (d'Yeu), la vie se réorganise finalement pour tendre vers une vie idéale, autogérée, utopique. Mais dans la vraie vie, comment vois-tu le monde d'aujourd'hui ? Et comment l'imagines-tu évoluer ? As-tu un idéal en tête ?
    Alain Ai-je un idéal ? Franchement, je ne sais pas. Toujours est-il que j'aimerais un monde sans violence, sans haine ni guerre. Un monde où on pourrait laisser sa porte de maison ouverte. À bien y réfléchir, je suis un utopiste !

    Herveline As-tu d'autres projets d'écriture en cours que nous pourrions soutenir le moment venu ?
    Alain De nombreuses personnes ont vraiment aimé Onde de choc, notamment ces alternances de scènes violentes et ces moments plus doucereux où les personnages deviennent attachants au fil du récit, et m'ont contacté pour me demander une suite. Je n'avais pas vraiment prévu cela mais après en avoir discuté rapidement avec Philippe Ward, mon éditeur, ce dernier m'a dit : Banco !
    Seulement Onde de choc a les défauts d'un premier roman. Je vais donc m'attacher à gommer tout ça pour tendre vers un récit toujours aussi fluide mais avec une meilleure maitrise, tout en gardant mon style.
    Avant de me lancer dans la suite d'Onde de choc, j'avais commencé à écrire un roman policier fantastique. J'avais dans l'idée de créer un personnage de détective privé spécialiste des cas les plus étranges, intervenant là où la police ne peut plus, ou ne sait plus agir sans copier les X-Files. Dès que je peux, je m'y remets.
    Par ailleurs, j'ai un autre roman déjà terminé qui attend patiemment dans un tiroir. C'est du space-opera dans le plus pur style SF publié par Rivière Blanche.

                                                             Interview réalisée en mai 2009 par Herveline

    Bibliographie
    Nouvelle
    2007 - Le fugitif dans Retour de Cal de Ter (Rivière Blanche)
    Roman
    2009 - Onde de choc Rivière Blanche


  • 06/11/09--02:26: INTERVIEW : PIERRE MAGNAN (chan 1317220)


  • Pierre Magnan sera en dédicace à la librairie le 20 Juin prochain à partir de 11h30.


    Il nous avait accordé une interview en Avril 2008 pour le site internet theyrani.com, car il venait de terminer son ouvrage : Chronique d'un château hanté. Voici l'interview, souhaitant qu'elle vous donne envie de venir nombreux pour le rencontrer.

    Il ne se déplace que rarement, ce sera donc un événement à ne pas manquer !!

    Dominique : Vous venez de terminer "Chronique d'un château hanté" Qu' en diriez vous pour donner envie de le lire ?

    Pierre Magnan: Donner envie de le lire est plutôt le travail de l'éditeur ! Moi j'ai terminé mon travail. Ce roman a d'ailleurs été très complexe à organiser. C'est un pavé de 500 pages dont le héros principal est un arbre ( !) et dont l'action se déroule entre 1348, période de la grande peste, et 1910, avant la première guerre mondiale. Comme le titre l'indique, le roman comporte une part de fantastique en filigrane. Mais en filigrane seulement, comme il convient à une hantise. Le fantastique n'est que suggéré. J'ai mûri ce livre au moins 10 ans avant de me mettre à l'écrire.


    Dominique : En quoi va consister la promotion de ce livre ? ».

    Pierre Magnan : C'est l'éditeur (Denoël) qui va travailler à la promotion du livre, pas moi. Vous savez, je ne fais pas partie des auteurs qui ont le pouvoir de diriger ce qui se passe au niveau promotionnel. On me consulte, bien sûr, mais on ne suit pas mon avis ... !


    Dominique : Vous écrivez aussi bien des romans policiers que des romans ou des récits autobiographiques. Qu'est ce qui vous pousse dans vos choix d'écriture ?

    Pierre Magnan : Le hasard et l'envie. Vous savez, un livre, c'est parfois le résultat de réflexions qui viennent de 20 ans en arrière ! Les 4 premiers romans que j'ai publiés ne sont pas des romans policiers... mais ils ont eu très peu de succès. Dans les années 60, avec l'apparition du « nouveau roman », les éditeurs me renvoyaient mes manuscrits en m'expliquant qu' « on n'écrivait plus comme ça ». Moi, je considère qu'un bon roman comporte un début, un milieu, et une fin ! c'est surtout vrai pour le roman policier.. Et puis un jour j'ai eu l'idée d'écrire mon premier roman policier « le sang des Atrides ». On ne pouvait plus remettre en question ce type de plan pour un polar ! Et « le sang des Atrides » a été mon premier succès !


    Dominique : L'écriture, et en particulier l'écriture de romans policiers est-elle pour vous un moyen, voire un prétexte de faire passer des messages pour parler des choses qui vous touchent ?

    Pierre Magnan : Je n'écris pas, je peins. Spinoza a dit « toute idée est un échec à la vérité ». Je suis d'accord avec cela. Quelle que soit l'idée ou l'opinion que j'aie, je ne suis jamais certain que ce soit la bonne ! C'est pour ça que je n'écris absolument pas pour faire passer des messages. J'écris parce qu'à un moment, j'ai envie d'exprimer ce qui éclate en moi.


    Dominique : En vous lisant, on est frappé de voir à quel point vous savez décrire ce qui se cache au fond des âmes. Vous connaissez bien l'être humain. On se dit que vous devez connaître beaucoup de monde Comment observez-vous les gens ?

    Pierre Magnan : ça ne s'explique pas vraiment ! L'observation, c'est aussi un travail de mémoire. J'ai 85 ans d'existence. Pour observer et comprendre les autres, au fond, il faut d'abord être capable de s'observer soi-même. C'est un exercice assez roboratif. Par exemple, j'écris un journal, et j'écris depuis l'âge de 11 ans ! Je lis beaucoup également. Je ne m'endors jamais sans avoir lu quelques pages de Proust ou de Stendhal. Proust est très important pour moi car « c'est écrit à la diable pour l'éternité » Ses textes sont d'une telle profondeur ! Ils sont difficiles d'accès, ce sont des livres pour spécialistes. Et quand on les lit, même si on est un auteur connu, on se sent comme un apprenti. Proust, c'est l'équivalent pour la littérature, de l'impressionnisme pour la peinture.


    Dominique : Que conseilleriez vous à quelqu'un qui souhaiterait se lancer dans l'écriture d¹un polar ? Quelles sont les principaux pièges à éviter ?

    Pierre Magnan : Pour être un écrivain, il est déjà très important d'être un lecteur. Dans ma jeunesse, quand je lisais Chateaubriand ou Victor Hugo j'étais parfois jaloux des phrases que je lisais ... Une chose très importante tout d'abord, pour moi, un livre doit avoir une structure. Il doit comporter un début, un milieu, et une fin !


    Dominique : Pour écrire un bon roman policier, l'auteur doit-il savoir dès le début où il veut aller ?

    Pierre Magnan : Pour moi il est très important, avant de se lancer dans l'écriture d'un roman, d'avoir les idées claires. Quand j'écris un roman, j'ai en tête le canevas complet du livre. Je peux modifier quelques touches au fur et à mesure que le l'histoire avance, mais je sais toujours où je vais, et j'ai la certitude d'aller au bout. Le plus compliqué, c'est de trouver au départ le bon rythme et le bon tempo, la bonne tonalité, et de les garder jusqu'à la fin. Chaque livre a sa propre tonalité, mais j'insiste, il est très important qu'il la conserve jusqu'au bout.


    Dominique : Comment avez-vous accueilli les projets d'adaptation de vos romans au cinéma ? Puis à la télévision ?... Avez-vous parlé avec Victor Lanoux avant le tournage des courriers de la mort, pour lui parler de Laviolette ? Et Patrick Bruel pour lui décrire Séraphin Monge ?

    Pierre Magnan : Je considère les adaptations télévisées surtout comme un moyen de gagner un peu d'argent ! Mais c'est un exercice très difficile et souvent décevant. Le personnage que l'on voit dans les adaptations ne peut jamais rentrer réellement dans le personnage fictif. Même si j'ai échangé avant et pendant le tournage des « courriers de la mort » avec Victor Lanoux (qui est quelqu'un de charmant), je trouve que ce qu'on fait les scénaristes du personnage de Laviolette ne ressemble pas vraiment au personnage que j'ai créé, et que les dialogues de l'adaptation TV se sont révélés assez plats. Ce fut la même chose pour "La Maison assassinée". A part parfois dans ses silences, je n'ai pas été complètement convaincu par l'interprétation de Patrick Bruel. Le personnage de Séraphin Monge, tel que je l'avais créé, était plus muet, taciturne, encore empli des souvenirs de la guerre, et traumatisé de façon inconsciente par la tragédie que sa famille avait vécue quand il était bébé.


    Dominique Merci monsieur Magnan, et à bientôt, on a hâte de se plonger dans "Chronqiue d'un château hanté"...

    Bibliographie Polar (mise à jour le 11/06/09)
    Romans
    1977
    Le sang des Atrides  "Prix du Quai des Orfèvres" (Folio Policier)
    1978 le commissaire dans la truffière (Folio Policier)
    1979
    Le secret des Andrônes  (Folio Policier)
    1980
    Le tombeau d'Helios  (Folio Policier)
    1984 La maison assassinée (Folio Policier) - adapté au cinéma par Georges Lautner
    1986 Les courriers de la mort (Folio Policier) - adapté à la télévision par Philomène Esposito
    1995 La folie Forcalquier (Folio Policier)
    1997 Le mystère de Séraphin Monge (Folio Policier) - suite de La maison assassinée
    1999 Les charbonniers de la mort (Folio Policier)
    1999 Les secrets deLaviolette (Folio Policier)
    1999 Le Parme convient à Laviolette (Folio Policier)
    2008 Chronique d'un château hanté (Denoël)


    Par ailleurs, la bibliographie de Pierre Magnan comporte de nombreux autres titres que vous pourrez commander également à la librairie.

     


  • 07/20/09--22:13: INTERVIEW : GILLES BAILLY (chan 1317220)

  • Gilles BaillyGilles Bailly
    a eu 21 ans, puis il en a eu 33, et enfin 42.
    De 1996 à 2006, il sévit comme animateur de la revue Salmigondis - dont il est l'un des fondateurs - sans jamais cesser d'écrire en parallèle pour d'autres publications, ce qui dénote une certaine tendance à la dispersion. Ajoutons pour conclure qu'il aime le chocolat, l'Amérique (mais seulement celle du Sud) et toute sorte d'îles désertes.
    Gilles Bailly vient de publier son premier roman, Malbosque, chez La Clef d'Argent.


    A noter : Il dédicacera son livre chez nous le samedi 25 juillet 2009 à partir de 17h et il y aura la lecture d'un extrait.


    Herveline Bonjour Gilles, alors qu'est-ce que tu fumes ? Parce que Malbosque c'est quand même un sacré délire. D'où t'est venue l'idée ?
    Gilles Attention, je te balance toute la genèse ! Après des années passées à écrire des nouvelles qui ne me rapportaient pas un rond, j'ai décidé d'écrire un roman, de préférence un best-seller. C'était en juillet 2004, je dis à ma copine : « je te préviens, cet été je pars une semaine en immersion complète dans le grand vert, il faut que j'en revienne avec une idée de roman. » Alors, j'ai pris ma twingo, une tente, un dictaphone et je suis monté vers l'Ardèche, avec le vague projet d'arriver jusqu'en Auvergne. Tout en roulant, dictaphone entre les cuisses (très dangereux), j'ai commencé à enregistrer mes impressions. Le soir, dans ma tente igloo, je retranscrivais tout ça sur du papier et réfléchissais à une trame possible. Seulement, les jours passaient, j'accumulais vocalises et pâmoisons face à la beauté du paysage et rien d'autre. Rien ne venait. De retour au bercail, j'ai alors décidé que la meilleure solution était de prendre comme point de départ ce que j'avais vécu. D'où le personnage de Twingoman (ou Touinge), l'écrivain raté parti chercher l'inspiration dans la France profonde...
    A partir de là, il n'y avait qu'à se laisser glisser dans le sens de la pente, même lorsque ça montait (après tout une montagne n'est qu'un gouffre inversé, non ?). Et tout ceci, pour répondre à ta première question, sans apport de substances hallucinogènes, ou alors dans des proportions n'excédant pas la limite du raisonnable.

    Herveline On rencontre des tas de personnages, chacun ayant leur propre parcours, leur propre métamorphose. Les objets aussi, d'ailleurs. Rien n'est jamais figé, comment expliques-tu cela ?
    Gilles La meilleure réponse est à trouver dans la bouche de mon éditeur, Philippe Gindre, qui parle à propos de Malbosque d'une entreprise de « bordélisation du réel ». En fait, j'avais vaguement entendu parler du concept d'entropie ; tu sais, ce truc de physiciens qui dit que l'Univers s'achemine vers un état de plus en plus désordonné de la matière ? J'avais envie de voir ce que ça donnait dans une narration. Ensuite, d'autres thématiques ont affleuré pendant que j'écrivais, comme celles de la gémellité, de la dualité, de la duplicité. J'ai, en outre, cultivé un certain goût pour la mystification, pour l'imposture. J'aime ce qui a plusieurs facettes, ce qui miroite, ce qui chatoie. Rien ne m'irrite plus que le dogme, le solidifié, le fossilisé. L'incertain, le changeant me semblent beaucoup moins inquiétants, car ils contiennent une infinité de portes à ouvrir ou à entrouvrir.

    Herveline La nature, l'environnement, l'humain, sont très importants dans ton texte. Des images les plus naïves, façon Disney, aux plus virulentes, version autodafé, tu sembles vouloir pousser pas mal de cris d'alerte. Dis-en nous plus.
    Gilles Je n'ai pas particulièrement eu comme objectif de m'ériger en porte-drapeau de ceci ou cela. Mes « cris d'alerte », sont souvent à prendre au second degré. L'unique cause sincère, si je puis dire, est cette attention portée à la dimension naturelle. Mais dans Malbosque, l'insistance sur l'aspect environnemental dérive aussi - et avant tout - de mon expérience d'écriture « impressionniste » (le dictaphone faisant office de chevalet) lors de mon propre périple dans le Massif Central. Face à la beauté des paysages que j'ai sillonnés et que je fais sillonner à mes personnages, le plus indécrottable des urbains irait, de retour chez lui, prendre immédiatement sa carte dans un parti écologiste ! Ou, du moins, j'ai la faiblesse de le croire. Quant à l'allusion au monde de Disney, je me sers plutôt de ce dernier comme un contre-modèle : l'univers édulcoré et conformiste qu'il propose me fait horreur. Pour le reste, il est indéniable qu'au travers de mon écriture transparaît quelque chose de mes orientations philosophiques, politiques, une coloration métaphysique, etc. mais cela n'a pas été un objectif d'écriture.

    Herveline Malbosque surfe sur plusieurs genres littéraires, le récit de voyage, le voyage initiatique, le merveilleux, le fantastique, l'absurde, l'humour, l'onirisme. N'as-tu pas peur d'avoir trop donné d'un coup ?
    Gilles En France, on a la regrettable tendance à vouloir toujours tout cloisonner, étiqueter, estampiller. Dans les matières artistiques, on aime les genres purs, les créateurs se consacrant à un seul type de carrière. Sinon ça fait brouillon, amateur. C'est sans doute un héritage de notre esprit cartésien. Le même - soit dit en passant - qui, en politique, a conduit à un centralisme dévastateur pour la diversité culturelle et les langues de nos régions. Et je passe sur l'égalitarisme pédagogique confinant au conformisme totalitaire dont est en train de mourir l'école de notre pays. Grrr ! Mais... je m'égare. Comme lecteur, j'ai, en ce qui me concerne, été pétri de plusieurs univers littéraires, lesquels ont aussi façonné l'écrivain que j'essaye d'être. Certes, comme tout roman de débutant, Malbosque contient indubitablement des maladresses, des faiblesses, des manques mais une chose semble ne faire aucun doute auprès des quelques lecteurs de mon roman qui se sont exprimés sur le sujet : ils ont eu entre les mains un OVNI littéraire. Rien ne me fait plus plaisir lorsque j'entends un tel jugement, car c'est très exactement ce à quoi je me suis efforcé de parvenir. Quant à savoir si j'aurais « trop donné d'un coup », je ne sais pas. J'aime assez l'idée d'un écrivain qui se livrerait en une oeuvre unique, définitive, péremptoire. Ca n'arrangerait pas mes finances, mais je trouve ça romantique.

    Herveline L'allusion répétée à Jules Verne, les péripéties de Stevenson au travers des Cévennes, Walt Disney, et la publication de ce roman chez La Clef d'Argent à l'orientation fantastique très marquée, nous interrogent sur tes goûts, tes références, tes sources d'inspiration. Elles semblent très hétéroclites.
    Gilles Les lectures qui m'ont marqué ? Dans la catégorie roman d'aventure, outre Jules Verne, on trouve Vladimir Obroutchev, Frison Roche, Jack London, James Oliver Curwood, auxquels j'ajouterais Patrick Süskind. Du côté du roman d'anticipation, il y a principalement Jean-Pierre Andrevon, Barjavel et Robert Merle. Chez les auteurs de fantastique, c'est, sans aucune hésitation, Buzzati, Calvino, mais aussi d'autres italiens comme Stefano Benni, Alessandro Baricco, Niccolò Ammaniti, sans oublier bien sûr quelques russes (Kafka, Gogol...) Parmi les auteurs plus récents, citons Georges-Olivier Chateaureynaud. Enfin, la veine surréaliste, l'absurde, l'humour décalé : Beckett, Ionesco, Vian, Queneau, Roal Dahl, Gianni Rodari, Pierre Desproges, Raymond Devos... Je ne finirai pas cette (très) longue énumération - mais on me pose des questions, je réponds - sans citer Giono et sa langue, son lyrisme, sa veine poétique.
    Dans quelles proportions retrouve-t-on trace de ces influences dans mes écrits ? Mystère. Mais y a-t-il vraiment quelqu'un que cela intéresse ?

    Herveline Ta forme littéraire de prédilection est la nouvelle. Alors que représente Malbosque dans ton évolution littéraire ? As-tu déjà d'autres projets ?
    Gilles Malbosque est - volontairement ou non - à la ligne de partage des eaux entre ma période nouvelles et une autre qui s'annonce, j'espère, faste. Pourtant, ce n'est pas le premier roman que j'ai écrit. Il a été précédé, il y a plus de dix ans, par un récit de science-fiction que l'on pourrait qualifier « d'oeuvre de jeunesse » et qui n'a jamais trouvé d'éditeur (ceci expliquant sans doute cela). Entre 2007 et 2008, j'ai commis un polar loufoque que je cherche à caser. Depuis quelques mois, je suis sur un quatrième roman destiné au secteur jeunesse. Sinon, je rassemble des nouvelles pour un éventuel recueil, mais chuuut, il tout à fait prématuré d'en faire mention...

    PS :
    Herveline Pourrais-tu nous donner la recette de la pipistrelle aux champignons ?
    Gilles Bien sûr : tu prends des pipistrelles et tu les fais cuire avec des champignons. Je suis écrivain, pas cuisinier ;)

                                                         Interview réalisée en juillet 2009 par Herveline
     



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    Bibliographie (mise à jour au 18/07/09)
    Nouvelles en anthologie
    2000 - Phagocytose dans Villes au bord du monde (Le Jardin d'Essai) en ligne
    2000 - Le complot dans Une Anthologie de l'Imaginaire (Rafael de Surtis)
    2001 - Au creux des heures veuves dans Bestiaire du Jardin (Le Jardin d'Essai)
    2001 - L'île d'Arthur dans Les Chevaliers sans Nom (Nestiveqnen)
    2002 - La dispersion dans Nos pirates (Nestiveqnen)
    Nouvelles en revues
    1996 - Aucun fondement logique dans Casse n°19-20
    1997 - Una conclusione inevitabile (trad. en italien par F. Gabrielli) dans Càlamo n°19-20
    1997 - Déluge de Sarajevo sur bombes dans Gros Textes n°15
    1997 - La cité méconnue dans Les cahiers du ru n°30
    1998 - Arrivée d'un métro en gare d'Athélia dans L'encrier renversé n°38
    1998 - Cérémonie d'ouverture dans Pris de peur n°7
    1998 - Le jour où la Lune tomba sur la Terre dans L'anacoluthe n°7
    1998 - Le cycle du chien dans Supérieur Inconnu n°10
    1998 - La groupie du chauffeur de bus dans Les nouveaux cahiers de l'Adour n°31
    1999 - Le complot dans Nord n°33
    2000 - Célibataire endurci et Journal infime dans Martobre n°5
    2000 - Le môle et l'alchimiste dans Art Le Sabord n°55
    2000 - L'homme et la rivière dans Gros Textes n°25
    2000 - Le môle et l'alchimiste dans Le Codex Atlanticus n°9
    2000 - Et je buvais du sang cuit dans une écuelle d'osier dans Hespéris n°6
    2006 - La solution Battló dans Le canard en plastic n°1
    2008 - L'exclusif dans Codex Atlanticus n°17  en ligne
    Roman
    2009 - Malbosque (Éditions la Clef d'Argent)


    Blog de Gilles Bailly : http://gillesbailly.hautetfort.com/